Le plan, angle mort du débat
On parle de façades. On devrait parler d'intérieurs. La production contemporaine de logement se juge à son image — matériaux visibles, signal urbain, calepinage — et trop rarement à ce qui la qualifie vraiment : le plan. L'intériorité est devenue l'angle mort du débat. Renaudie et Gailhoustet, à Ivry, avaient fait du plan la matrice du projet — chaque logement, même dans la complexité des étoiles d'Ivry, cherchait le traversant, la double orientation, le seuil domestique. Éloge du logement n'est pas un livre de nostalgie : c'est un manuel de méthode.
Traversant
Le logement traversant n'est pas une option de confort ; c'est la condition minimale d'un logement qui ventile, qui éclaire deux fois, qui offre à chaque pièce une lecture de la ville. À Part des Anges (154 logements), le traversant a été défendu pied à pied contre la pression du rendement au m². Il en résulte des logements où l'air circule, où la lumière traverse, où la cuisine et le séjour ne se disputent pas la seule façade disponible. Ce n'est pas un luxe : c'est l'ordinaire qu'il faut réapprendre.
Orientation
L'orientation est la discipline la plus humble de l'architecture domestique, et la plus négligée. Un plan qui ignore la course du soleil produit des logements qui consomment, qui surchauffent, qui s'assombrissent. À la Résidence étudiante R+7 (137 logements, Cogedim-Pulsar-Domofrance), l'orientation a été le premier critère de distribution — avant la trame, avant la structure, avant la façade. Les chambres prennent l'est ou le sud ; les circulations prennent ce qu'elles peuvent. Paul Chemetov ne disait pas autre chose quand il rappelait que le plan commence à la boussole.
Gradient
Le gradient public-privé est la dernière grande affaire du logement. Entre la rue et la chambre, combien de seuils ? Combien de porosité ? Un palier habité, un sas, un dégagement qualifié, un socle actif au rez-de-chaussée : chaque transition compte. Bernardo Secchi, dans Prima lezione di urbanistica, rappelait que la ville est d'abord une affaire de seuils — et le logement, une ville en miniature. Sans gradient, il n'y a pas d'intériorité ; il n'y a que des boîtes empilées.
Le logement contemporain se jouera moins sur ses façades que sur ses plans. Moins sur ses images de concours que sur la manière dont on y vit le lundi soir. Revenir au traversant, à l'orientation, au gradient, c'est revenir à l'ordinaire — cette dignité simple que l'architecture doit à ses habitants.
Signature
Frantz Buhler, architecte DPLG — fondateur BUPA Architectures, Bordeaux
Tribune courte destinée à la presse spécialisée. Cibles pressenties : AMC, d'A, Traits urbains, Criticat, Le Moniteur. Diffusion sur sollicitation rédactionnelle.