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Tribune · 2026 · n°03 · Tribune courte

Le ZAN ne se décrète pas, il s'habite

Entre loi Climat & Résilience 2021, décret 2023-1096 et décret 2026-117, le Zéro Artificialisation Nette cesse d'être une contrainte administrative pour redevenir ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : une discipline architecturale. Le sol n'est pas un gisement ; c'est un matériau premier. BUPA plaide pour une densité juste.

Date18 mars 2026
Longueur~700 mots
Lecture≈ 4 min
FormatTribune courte

Retour au sol

Depuis 2021, la loi Climat & Résilience a posé un cap. Le décret 2023-1096 l'a précisé. Le décret 2026-117 vient de le durcir. À chaque étape, la profession a réagi en comptable : combien d'hectares perdus, combien d'opérations menacées, combien de marges rognées. À chaque étape, elle a manqué l'essentiel. Le ZAN n'est pas un quota. C'est un retour au sol comme matériau premier du projet — aussi noble que la pierre, la terre crue ou le bois.

Paul Chemetov, dans Un architecte dans le siècle, rappelait que la ville se fait d'abord par en bas : par l'épaisseur du sol, par ses nappes, par ses continuités vivantes. La pleine terre n'est pas une case à cocher dans un PLU ; c'est la condition d'un projet qui respire. À l'opération Part des Anges (154 logements, crèche, bureaux — Grand Prix Pyramides d'Argent), la pleine terre structure le cœur d'îlot : l'arbre n'y est pas décoratif, il est porteur. C'est un parti pris de tectonique : on ne pose pas un bâtiment sur un sol, on prolonge un sol par un bâtiment.

Densifier juste

Le ZAN, correctement lu, n'interdit rien : il oblige à la densité juste. Ni étalement ni tour-alibi. Lacaton, Vassal et Druot, dans Plus, l'ont démontré avec la force de l'évidence : on ne démolit pas ce qui peut être augmenté ; on n'artificialise pas ce qui peut être réactivé. Avant de chercher du foncier neuf, on interroge l'existant — son épaisseur, son prospect, son épannelage, sa capacité à accueillir un étage, une extension, un socle actif. Le ZAN n'est pas un renoncement ; c'est une exigence d'intelligence.

Réemploi

Le chantier de Choisy-le-Roi (Profimob, 1 897 m² + 19 logements, 3,2 M€) est pour nous un laboratoire. Le réemploi des matériaux y est pensé dès l'esquisse, pas négocié en variante. Ce n'est pas une posture : c'est la seule manière de rendre le ZAN opérant sans qu'il devienne un alibi pour ne plus rien bâtir. La frugalité n'est pas une esthétique pauvre ; c'est une éthique du coût d'usage, de la durée, de la démontabilité.

Le ZAN ne se décrète pas — il s'habite. Il demande des architectes qui savent lire un sol avant de dessiner une façade, qui préfèrent la densité juste à la densité brute, qui font du réemploi une discipline plutôt qu'un argument. La loi a fait sa part. À nous de faire la nôtre : revenir au projet.

Signature

Frantz Buhler, architecte DPLG — fondateur BUPA Architectures, Bordeaux

Tribune courte destinée à la presse spécialisée. Cibles pressenties : Le Moniteur, AMC, Sud Ouest, Traits urbains. Diffusion sur sollicitation rédactionnelle.

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